Sur ce blog je regrouperai toutes les informations que je jugerai
"importantes" et celà dans un but de "réduction des risques liés à
l'usages de drogues".
De nos jours , bon nombre de jeunes gens s'adonnent aux drogues sans
être informés . On s'apperçoit même que la plupart du temps les jeunes
ne sont pas "conscients" des risques qu'ils encourent.
Il est possible de"limiter les dégats" mais pour celà , il faut être un minimum informé .. d'où mon envie d'ouvrir ce blog.
Vous y trouverez toutes sortes d'informations , je m'efforcerai donc
de mettre à jour le blog au jour le jour afin de suivre l'actualité des
drogues en général et de la substitution en particulier
C'est entre Champagne, Orléanais et Touraine que sont produites les
fleurs. En Provence qu'elles sont transformées en morphine. Pour la
bonne cause: traiter la douleur.
Des champs de pavots
dans le Val de Loire, une usine de stupéfiants nantie d'un monopole
garanti par l'Etat, des camions chargés de morphine-base sous la
protection des CRS. Une industrie ultrasecrète fournit les laboratoires
pharmaceutiques. Et ceux-ci produisent les médicaments destinés au
traitement des douleurs intenses. Un marché prometteur, si le corps
médical n'y fait pas obstacle. Vue de loin, dans le paysage de la Haute-Provence, entre Rhône et mont
Ventoux, c'est une distillerie de lavande. Derrière ces murs banalisés,
une tout autre alchimie s'opère. On traite, chaque année, des milliers
de quintaux de pavots dont les fleurs ont été préalablement broyées et
séchées. Discrète activité, dont on tire plus de 40 tonnes de morphine
par an, soit 20% de la production mondiale! Et cela en toute légalité,
sous la vigilante protection de la gendarmerie locale, afin de
décourager les convoitises des gangs de la drogue. D'autant plus
redoutées que la pureté du produit fabriqué là dépasse celle de la
morphine-base élaborée dans les labos clandestins de la Côte. Sans
parler du rapport qualité-prix, défiant toute concurrence. Chaque
gramme sorti d'usine est 100 fois moins cher que celui de la poudre
frelatée des dealers de Paris ou de Marseille. Bref, rien d'étonnant à
ce que les secrets entourant cette énigmatique industrie soient aussi
bien gardés que ceux des missiles nucléaires du plateau d'Albion,
enterrés non loin de là. L'usine ne figure évidemment pas dans
l'annuaire, ni la société X qui exploite cette activité à risque. «Nous
redoutons une prise d'otages, explique son directeur-gérant, qui tient
lui-même à garder l'anonymat. Aussi nous imposons-nous une totale
confidentialité sur l'identité de nos 130 collaborateurs et sur les
sites où ils travaillent.» Bizarrement, c'est le général de Gaulle qui, en 1959, a relancé la
production française de morphine. Soucieux d'économiser les dollars de
la République, il a décidé la suspension des importations de morphine
en provenance d'Iran, de Turquie et d'Inde. D'où la reprise, sur le
territoire français, de la culture du pavot à oeillette, une variété
particulièrement riche en principes actifs et dont la qualité a été
considérablement améliorée grâce aux techniques agronomiques: plus de
10 millions de francs sont affectés, chaque année, à cette recherche
scientifique. Résultat: les récoltes ne cessent de prospérer. Le
«triangle d'or» français est, certes, plus modeste que la célèbre zone
de Thaïlande-Birmanie-Laos. Il couvre pourtant un nombre respectable
d'hectares, dans la moitié nord de la France, où le climat est très
favorable. Grosso modo, il se situe entre trois pôles: la Champagne,
l'Orléanais et la Touraine. S'y ajoute une exploitation expérimentale
dans la région parisienne, du côté de la vallée de Chevreuse, à
quelques kilomètres d'un autre triangle, celui de Roquencourt,
tristement connu des usagers de l'autoroute de l'Ouest. Tout cela à
l'insu des promeneurs - éventuels «junkies» - qui n'imaginent pas que
des cultures de pavots puissent placidement voisiner avec des champs de
blé ou de luzerne. Comment pourraient-ils supposer que, à la saison de
la récolte, entre le 15 juillet et le 15 août, certaines
moissonneuses-batteuses opérant dans ces campagnes sont en train de
brasser des fleurs destinées à «sister morphine»? Attention! Pas cette
petite soeur dévoyée chantée par les Rolling Stones, celle que l'on
appelait autrefois la «fée grise» et que s'injectait, copieusement, le
Tout-Paris toxicomane de la Belle Epoque. Non, cette «morphine
agricole», comme disent les spécialistes, est la descendante du «God's
own medicine»: le «médicament de Dieu», ainsi surnommé par les
praticiens anglo-saxons de la fin du xixe siècle, lorsqu'ils
découvrirent les prodigieuses vertus de la morphine contre la douleur. Elaborés dans l'usine provençale, les produits morphiniques sont
ensuite acheminés par la route jusqu'à un laboratoire de sous-traitance
dans les Yvelines. Le trajet s'effectue, là encore, sous bonne garde:
«Il faut éviter tout risque de détournement, explique le
directeur-gérant. Le moindre lot de codéine peut être transformé en
héroïne par un bon chimiste bricolant dans son arrière-cuisine.» D'où
l'indispensable convoyage par des CRS - frais de sécurité assez
lourdement facturés par la préfecture. Transformés en divers
ingrédients chimiques, les dérivés morphiniques reprennent leur périple
vers les usines pharmaceutiques. Ainsi le sulfate de morphine est-il
expédié, sous emballage banalisé, aux laboratoires Upsa. Là, il est
converti en microgranules ou en sirop de Skanan, un puissant antalgique
destiné au traitement des douleurs rebelles, cancéreuses notamment.
Comme son concurrent, le Moscontin, il s'agit là d'une véritable
révolution thérapeutique, confirmée par le Pr Patrice Queneau, pionnier
en ce domaine, qui salue «l'efficacité et la tolérance, même à forte
dose, de ces produits administrés par voie orale». Avant l'apparition de ces antalgiques majeurs, il y a une dizaine
d'années, la consommation de morphiniques, n'existant que sous forme
injectable, était pratiquement nulle. Elle est aujourd'hui en forte
progression. Mais elle ne représente que 2% du marché des antalgiques.
Une misère. Et pour cause, leur prescription se heurte encore aux
réserves de nombreux praticiens, pour qui la morphine est un tabou.
Résultat, la France se traîne au 30e rang mondial des pays
utilisateurs. Au détriment de centaines de milliers de malades
souffrant de douleurs postopératoires, de graves brûlures, du cancer ou
du sida en phase terminale. D'où la campagne d'opinion déclenchée, en
1994, par Lucien Neuwirth, sénateur de la Loire, auteur d'un plan de
lutte contre les effets dévastateurs de la douleur. Producteurs de
morphine et fabricants d'antalgiques ont évidemment intérêt à ce que ce
plan brise les obstacles à la prescription de leurs produits. Mais la
fin - humanitaire - justifie les moyens - industriels.
La stratégie répressive en vigueur depuis des décennies est loin d’avoir enrayé le trafic. De nombreux experts appellent à explorer de nouvelles pistes.
es mafias de la drogue se régénèrent comme l’hydre de la mythologie grecque. Quand les services de lutte contre les stupéfiants leur barrent la route, elles empruntent un nouvel itinéraire. Quand les champs de coca ou de pavot sont détruits par pulvérisations d’herbicides, elles déplacent les cultures ailleurs. La chasse mondiale aux trafiquants a beau donner peu de résultats – les passeurs sont toujours plus puissants et les drogues plus abondantes et meilleur marché –, la plupart des pays hésitent à tester d’autres méthodes qui ne soient pas une persécution schizophrène, coûteuse et contre-productive. Y a-t-il des moyens plus efficaces pour gagner la guerre contre les drogues ?
La question est plus que jamais d’actualité. En mars dernier, les experts se sont donné rendez-vous à Vienne pour dresser le bilan de la stratégie tracée en 1998 par l’ONU pour une période de dix ans. Ils ont admis que la guerre contre le trafic avait échoué et ont demandé l’abandon de la stratégie du tout-répressif, qui s’était fixé pour objectif utopique d’aboutir à“un monde sans drogues”.
Pour atteindre ce but, certains gouvernements avaient opté pour attaquer le mal à la racine. Les coûteuses campagnes de destruction des plantations de coca sud-américaines par épandage aérien d’herbicides, financées par les Etats-Unis, ont eu pour seul résultat de déplacer les cultures vers des lieux plus difficiles d’accès, et la production mondiale n’a pas diminué. La surveillance des voies de trafic n’a pas été plus concluante. Bien que l’ONU estime qu’actuellement environ 42 % de la production mondiale de cocaïne et 23 % de celle d’héroïne sont saisis, les experts de la politique antidrogue remettent en cause la fiabilité de ces chiffres et font valoir que les volumes vendus au détail dans les villes d’Europe et des Etats-Unis ne cessent d’augmenter, comme le prouve la baisse des prix au détail, de l’ordre de 10 % à 30 % au cours de la dernière décennie.
Plus les forces de l’ordre compliquent la tâche aux cartels, plus ceux-ci déploient de l’ingéniosité et des moyens. Les “narco-sous-marins” sont l’un des derniers exemples en date de l’inépuisable capacité des trafiquants à tromper la vigilance policière. Construits sur des chantiers navals clandestins dans la forêt colombienne, ces petits sous-marins se déplacent juste au-dessous de la surface de l’eau et peuvent acheminer jusqu’à 10 tonnes de cocaïne vers le très lucratif marché américain. Les garde-côtes américains, qui ont déjà investi des millions de dollars en capteurs, ont intercepté en 2008 une dizaine de semi-submersibles en moyenne par mois. On estime que quatre sur cinq arrivent à destination sans avoir été repérés. L’inventivité des trafiquants est stimulée par les sommes énormes que rapporte chaque opération menée à son terme. S’il s’agissait d’un pays, le trafic de stupéfiants se classerait en termes de richesse au 21e rang mondial, avec un PIB annuel de 243 milliards d’euros, juste derrière la Suède (272 milliards). Dans le tiers-monde, les narcos sont les chefs d’entreprise les plus puissants – surtout en Afrique de l’Ouest, dans des pays comme la Guinée-Bissau, dont l’exportation de noix de cajou vers l’Inde est la principale source de revenus licites. Il n’est pas étonnant dès lors que, en dépit de la répression policière, il y ait toujours quelqu’un qui soit prêt à prendre le risque de finir derrière les barreaux pour avoir sa part du gâteau.“Les trafiquants achètent aux paysans 300 dollars [227 euros] la feuille de coca nécessaire à la production d’un kilo de cocaïne. Ce dernier leur rapportera 100 000 dollars [76 000 euros]”,explique Peter Reuter, professeur à l’université du Maryland et l’un des experts les plus réputés en matière de stratégie antidrogue. Il ne croit pas qu’en consacrant davantage de moyens à la répression on puisse réduire de manière significative la quantité de drogues disponible sur les marchés consommateurs que sont les Etats-Unis et l’Europe.“Il serait plus efficace de faire baisser la forte demande dans les pays consommateurs que de s’obstiner à lutter contre l’offre”, estime-t-il.
“Il faut impérativement revoir la stratégie de guerre contre les drogues menée depuis trente ans”,lit-on dans le rapport publié en février par la Commission latino-américaine sur les drogues et la démocratie[voirCIn° 959, du 19 mars 2009],qui compte parmi ses membres trois anciens présidents : Ernesto Zedillo (Mexique), Fernando Henrique Cardoso (Brésil) et César Gaviria (Colombie).“Les politiques prohibitionnistes n’ont pas produit les résultats escomptés. Nous sommes plus loin que jamais de l’objectif proclamé d’éradication des drogues.”Ce rapport accuse les Etats-Unis et l’Europe de ne pas faire suffisamment pour prévenir ou guérir l’appétit de drogue de leurs citoyens, qui stimule la production et le trafic dans le reste du monde.
Aux états-Unis, on incarcère encore les consommateurs
Malgré les sommes considérables investies dans les politiques antidrogue (40 milliards de dollars aux Etats-Unis et 34 milliards d’euros en Europe), seul un euro sur quatre est consacré à la prévention, le reste allant à la répression. Ce n’est pas un hasard si les récriminations émanent de la région qui est le principal champ de bataille de la guerre contre les cartels. Au Mexique, le défi lancé aux autorités par les trafiquants s’est déjà soldé par plus de 7 000 morts depuis janvier 2008 (soit davantage que les 6 628 morts qu’a faits le conflit israélo-palestinien entre 2000 et 2008, d’après les chiffres de l’ONG israélienne B’Tselem), et la violence s’étend dans des pays voisins comme le Guatemala et le Honduras. La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a reconnu qu’en ne parvenant pas à endiguer la consommation intérieure, son pays est coresponsable du drame qui ensanglante le Mexique. Opter pour des solutions alternatives ne veut pas dire qu’il faille baisser la garde face aux narcos, avertit Antonio Maria Costa, le directeur exécutif de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), une agence qui appuie les gouvernements et coordonne leur action. Costa regrette qu’il y ait des lobbies prodrogue qui défendent la légalisation comme la solution.“Il n’est pas nécessaire de sacrifier la santé publique pour lutter contre la criminalité. Les deux objectifs sont compatibles”,assure-t-il.
Pendant longtemps, toute dissidence par rapport au discours prohibitionniste classique était considérée avec suspicion. Mais, à l’heure où les cartels font plus de ravages que jamais en Amérique centrale, en Afrique de l’Ouest et en Afghanistan, beaucoup se demandent si les Etats ont bien fait de laisser le monopole des drogues aux mafias et proposent un régime de légalisation contrôlée qui priverait les trafiquants de leurs parts de marché.
“Je ne serais pas étonné que, d’ici cinq ou dix ans, en Europe, le débat en faveur de la légalisation de la vente du cannabis prenne de l’ampleur”,affirme Ethan Nadelmann, directeur exécutif de la Drug Policy Alliance, une ONG qui prône la légalisation contrôlée de la vente de marijuana aux Etats-Unis. Dans ce pays, porte-étendard de la guerre planétaire contre les drogues, on incarcère encore les consommateurs. Mais le gouvernement Obama vient de briser un tabou vieux de plusieurs décennies en annonçant que les programmes de distribution de seringues aux toxicomanes seraient financés par des fonds fédéraux.“Le débat sur l’éventuel abandon de la prohibition n’avait pas été aussi brûlant aux Etats-Unis depuis trente ans,constate Nadelmann.Obama est plus enclin [que ses prédécesseurs] à changer d’orientation, ce qui va avoir des répercussions sur le reste du monde, et notamment en Europe, où il sera plus facile d’aller vers des politiques plus progressistes.”Qu’ils soient partisans ou non de la légalisation, les adversaires de la prohibition partent du principe que la société doit s’habituer à vivre avec les drogues, tout en en atténuant les effets les plus dévastateurs. En fin de compte, souligne Reuter, l’Etat ne peut exercer qu’une influence limitée sur la demande, car ce sont essentiellement des facteurs socioculturels qui entrent en jeu.“Il y a des pays qui ont une consommation très faible alors qu’ils n’ont jamais conçu de politique antidrogue”,rappelle-t-il.
Les tenants d’une lutte sans merci contre les trafiquants reconnaissent leur défaite, mais ils l’attribuent au manque de coordination entre services de police et à l’absence de détermination des gouvernements à en finir avec le blanchiment d’argent. L’effort a consisté jusqu’à présent en un patchwork d’actions nationales, et la coopération n’est pas allée au-delà de l’échange d’informations et de l’assistance technique.
Faudrait-il une force de police mondiale ?“Il n’est pas nécessaire de placer les policiers sous un commandement unique”,estime Amado Philip de Andrés, responsable du développement des programmes de l’ONUDC pour le Mexique, l’Amérique centrale et les Caraïbes.“Ce qui nous préoccupe, c’est le peu de coopération qu’il y a eu jusqu’à présent.”Une police internationale chargée de lutter contre le trafic de stupéfiants semble un peu idéaliste à Markus Schultze-Kraft, directeur du programme Amérique latine de l’International Crisis Group, une ONG influente qui conseille les gouvernements dans le domaine de la prévention et de la résolution des conflits.“Les agents de deux pays qui ne partagent pas la même langue, comme l’Allemagne ou l’Espagne, ont déjà du mal à se comprendre lorsqu’ils travaillent dans une structure d’échange d’informations comme Europol !”Schultze-Kraft souligne toutefois le progrès que constitue le Centre opérationnel d’analyse du renseignement maritime pour les stupéfiants (MAOC-N), opérationnel depuis 2007. Installé à Lisbonne, le MAOC-N a pour mission de lutter contre le trafic de drogues dans l’Atlantique en surveillant les côtes de l’Afrique du Sud à la Norvège, comme le fait depuis 1989, de l’autre côté de l’océan, la Joint Interagency Task Force South (JIATF-S). L’Espagne, point chaud de nombreux itinéraires du narcotrafic, est l’un des pays qui consacrent le plus d’argent à la lutte policière contre les stupéfiants. Elle tente de protéger sa longue frontière maritime par un dispositif perfectionné et coûteux de caméras et de capteurs, le Système intégré de surveillance extérieure (SIVE). Bien que couvrant déjà le littoral sud et sud-est, ainsi que les îles Canaries, il n’a pas fait fuir les trafiquants. La province de Cadix, pionnière dans l’installation du SIVE, en sait quelque chose : en dépit des succès policiers – 25 % des saisies de drogues en Espagne en 2008 –, on y assiste à une intensification du trafic, comme l’a souligné à maintes reprises Angeles Ayuso, procureure chargée de la lutte antidrogue dans la province.
Cette année, il est prévu d’étendre le SIVE à l’est afin de freiner l’introduction de stupéfiants par le delta de l’Ebre. Mais les trafiquants ont déjà inauguré un nouvel itinéraire bien plus perméable : ils empruntent les voies terrestres depuis les Balkans. Ils intensifient aussi le trafic via l’Afrique de l’Ouest et continuent d’acheminer la cocaïne par Zodiac, à bord d’avions légers, par conteneurs ou dans l’intestin de “mules” voyageant à bord de vols commerciaux. L’ingéniosité des trafiquants paraît sans bornes. La police espagnole a intercepté, le 20 mars à Barcelone, un colis en provenance du Venezuela qui contenait un service de table de 42 pièces – verres, assiettes et saladiers – fabriquées à partir de cocaïne.
Le 7 février 2009, la première patiente allemande a pu se procurer du cannabis médical en pharmacie, sur ordonnance, et sur autorisation spéciale de l'Institut fédéral des produits de santé (BfArM), équivalent allemand de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).
Sept autres patients, atteints de douleurs chroniques, de sclérose en plaques, du syndrome de tourette ou d'autres maladies graves, bénéficient également d'une telle autorisation et d'un accès à leur médicament en pharmacie. Le Dr Harald Hans Körner, procureur de Francfort et commentateur réputé de la loi sur les stupéfiants, a dore et déjà indiqué qu'il était nécessaire de simplifier la procédure de demande d'autorisation pour les patients.
Ce bouleversement de la médecine outre Rhin a été rendu possible grâce à un débat national actif depuis le début des années 90. L'Association internationale pour le cannabis médical(IACM), basée en Allemagne, et créée en 2000 par un groupe de médecins, de scientifiques et d'experts, a largement contribué au lancement de ce débat passionné.
Elle a notamment permis le partage des données scientifiques issues de la recherche fondamentale et clinique, et à faciliter le dialogue entre professionnels de la santé et patients. De fil en aiguille, la conscience médicale et collective a changé et aujourd'hui les patients allemands commencent à bénéficier de traitements actuellement inaccessible en France.
L'Allemagne n'est pas un cas unique, bien au contraire. Elle suit en effet la tendance, marquée dans les pays occidentaux, de dépénaliser l'usage médical du cannabis.
L'usage thérapeutique du cannabis en Amérique du Nord
Les années 2000 ont vu s'intensifier les recherches sur le cannabis, les cannabinoïdes et le système humain endocannabinoïdes. Leur nombre a plus que doublé dans les dix dernières années.
Une partie grandissante de la communauté médicale internationale accepte que le cannabis est un agent thérapeutique efficace pour le traitement d'une myriade de pathologies :
nausées/vomissements
douleurs
glaucome
épilepsie
dépendances
asthme
hyperactivité
maladie d'Alzheimer…
Dans certains pays comme les Etats-Unis, les gouvernements financent même la recherche fondamentale et clinique. Les Etats-Unis font en effet figure de pionniers.
Aujourd'hui, 13 Etats tolèrent le cannabis médical. En 1996, un referendum de l'Etat de Californie approuvait l'utilisation médicale du cannabis et de ses dérivés. Ensuite s'en est suivi une cascade d'affaires juridiques dans différents Etats, opposant juges d'Etat et fuges fédéraux, ce qui conduisit progressivement à l'assouplissement des lois dans les autres Etats :
1998, Oregon, Washington, Alaska
1999, Maine
2000, Colorado, Hawaï, Nevada, Maryland
2004, Vermont, Montana
2006, Rhodes Island
2008, Michigan
Cette tendance devrait se poursuivre, notamment en raison de l'accession aux responsabilités de l'administration Obama. En mars 2008, Obama avait déclaré à un journaliste :
« Je ne veux pas avoir un département de justice qui persécute et arrête des usagers de marijuana médicale. »
Cette nouvelle a été accueillie par un grand soulagement par les organisations de défense des malades.
A coté de son voisin pionnier, le Canada a naturellement suivi le mouvement. Au début des années 2000, un procès a opposé le gouvernement fédéral et un distributeur de cannabis à usage thérapeuthique. L'acquittement de l'accusé, par la cour fédérale de justice, a permis la création officielle du premier Centre compassion de Montréal. Celui-ci distribue maintenant depuis plusieurs années des variétés médicales de cannabis, du haschisch, ainsi que des produits préparés comme des biscuits, des gélules.
Reconnaissance de l'usage thérapeutique du cannabis en Europe
En Europe, la situation est complexe, puisque chaque pays dispose de ses propres lois régissant les stupéfiants, et donc le cannabis. Bien que les propriétés thérapeutiques soient de plus en plus établies, l'ONU n'a pas encore infléchi sa position quand au classement du cannabis comme stupéfiant ne présentant pas de propriété thérapeutique.
De ce fait, tous les pays européens, hormis les Pays Bas et l'Espagne, ont adopté une politique prohibitionniste interdisant non seulement l'usage, mais également l'importation et la culture du cannabis.
Aux Pays bas, bien que l'usage et la culture soient dépénalisés, le commerce reste réglementé. La politique hollandaise en matière de santé publique s'est orientée, depuis le début des années 2000, vers une volonté de distribuer du cannabis médical en pharmacie, sous l'autorité du ministère de la Santé (BMC).
Une gamme de produits a été développée par la société Bedrocan. Ces produits répondent à des normes pharmaceutiques strictes, notamment en termes de contrôle de bactéries, métaux lourds et pesticides.
Trois qualités sont disponibles depuis 2003, avec des teneurs en principes actifs THC et CBD titrées, connues et reproductibles. Elles sont distribuées sur ordonnance à tous les patients, sans distinction de nationalité (principe de non discrimination des malades). Les Pays Bas disposent en effet d'un droit d'exportation dans le cadre des accords européens.
La création des médicaments standardisés BedrocanBV (Bedrocan®, Bediol® et Bedrobinol®) permet dorénavant aux médecins européens de pouvoir prescrire à leurs patients. Ainsi, de nombreux pays ont compris l'opportunité de réglementer de nouveaux médicaments.
La Finlande a été le premier pays à importer les produits BedrocanBV, suivie de l'Italie et de l'Allemagne. Le Royaume Unis importe également à des fins de recherche. Une demande de mise sur le marché européen est également en cours pour permettre la libre circulation en Europe.
Quelles solutions pour les malades français ?
Dans ce contexte de changement qui s'accélère, la France semble être laissée sur place. D'une part la littérature scientifique et les publications françaises relatives au sujet du cannabis médical et des cannabinoïdes sont pratiquement inexistantes.
D'autre part, il est surprenant de constater l'absence de participation des scientifiques français aux congrès sur les cannabinoïdes. De toute évidence, la prohibition en France a parfaitement bien fonctionné. La France semble aujourd'hui éviter le débat national sur le cannabis médical. Mais pourquoi ?
Probablement à cause de la peur et du conditionnement collectif des dernières décennies. Les maladies, quelles qu'elles soient, ne connaissent pas de frontière, et les malades français disposent des mêmes droits de se soigner que les malades américains, canadiens, hollandais, espagnols ou allemands. En 2009, est-il encore concevable d'interdire aveuglément l'accès contrôlé au cannabis pour des malades souffrants qui en ont besoin ?
D'un point de vue légal, l'unique solution pour un patient est de demander une ATU (Autorisation temporaire d'utilisation) nominative au Directeur de l'Afssaps pour l'usage d'un médicament ne disposant pas d'autorisation de mise sur le marché.
Les démarches administratives, ainsi que l'issue incertaine des demandes, ont découragé les patients et les médecins : le nombre de ces demandes est en baisse constante depuis plusieurs années. Cela signifie t-il que les malades sont moins nombreux à avoir besoin de ces médicaments ?
En réalité, les patients ont dû rechercher d'autres solutions pour palier la prohibition. Certains, soutenus par leur médecin français ou étranger, ont pu disposer de prescriptions et ainsi ramener du cannabis médical hollandais à leurs risques et périls.
Les autres, pour des raisons également économiques, se sont tournés vers l'autoproduction, réaction humaine bien naturelle si l'on considère la liberté de se soigner comme un droit fondamental et inaliénable. On estime aujourd'hui à 200 000 le nombre de cultivateurs en France.
Alors que l'accès au cannabis médical évolue rapidement dans les pays occidentaux, la France n'a pas encore abordé un débat national pourtant nécessaire. Pourtant, les malades français disposent des mêmes droits fondamentaux que leurs concitoyens européens. Avec les changements rapides qui se produisent notamment en Allemagne, les patients français pourraient bien profiter bientôt d'un accès facilité outre Rhin.
L’héroïne pharmaceutique donne des résultats prometteurs
27 octobre 2008
Suzanne Brissette présente les premiers résultats de l’étude NAOMI sur la prescription d’héroïne
Suzanne Brissette
L’injection d’héroïne pharmaceutique s’avère plus efficace qu’un
simple traitement à la méthadone pour sevrer certains toxicomanes
«irréductibles». C’est ce que laissent entendre les conclusions du
projet NAOMI (North American Opiate Medication Initiative), des essais
cliniques hasardisés sur trois ans réalisés à Montréal et à Vancouver
par des chercheurs canadiens, dont Suzanne Brissette, spécialiste en
toxicomanie à l’Hôpital Saint-Luc et cochercheuse à la Faculté de
médecine. Au terme des 12 mois de l’étude, le taux des patients qui
sont allés jusqu’au bout du traitement s’est accru (88 %) et ces
derniers ont réduit de 70 % leur consommation d’héroïne illicite,
diminué de 36 % leurs activités criminelles et amélioré de 20 % leur
état de santé.
Bien sûr, certains des sujets ont rechuté. Mais l’objectif de cette
recherche n’a jamais été d’amener les héroïnomanes à l’abstinence,
rappelle la Dre Brissette. «On remarquait qu’il y avait toujours une
clientèle qui ne terminait pas son traitement à la méthadone, semblable
à celui utilisé pour une maladie chronique», note la spécialiste. Avant
le projet NAOMI, il n’existait pas de proposition de traitement pour ce
groupe particulier, à l’exception de l’injection d’héroïne fabriquée en
laboratoire, soumise par une étude suisse.
Est-ce que l’injection d’héroïne pharmaceutique allait davantage
permettre de garder jusqu’à la fin ces individus? Ce traitement
allait-il être plus bénéfique que celui à la méthadone? s’est demandé
la Dre Brissette. Les résultats vont dans le sens de ceux de l’étude
suisse et de nombre de recherches européennes qui ont été menées
parallèlement au projet NAOMI, à plus ou moins long terme.
Quelque 250 héroïnomanes classés «impossibles à traiter» ont
participé aux essais cliniques qui, pour le volet montréalais, ont été
effectués en collaboration avec le Centre de recherche et d’aide pour
narcomanes. Les patients ont été répartis au hasard dans deux groupes:
45 % des héroïnomanes en sevrage ont pris de la méthadone par voie
orale (avec du jus d’orange) et 55 % ont reçu un traitement constitué
d’un opiacé injectable à double insu, soit de l’héroïne pharmaceutique
(45 %) ou un puissant analgésique appelé Dilaudid (10 %).
L’emploi du Dilaudid a servi à valider scientifiquement certains
renseignements recueillis au moyen de questionnaires. Il a aussi
conduit les chercheurs à une surprenante découverte: les héroïnomanes
ne semblaient pas pouvoir désigner la substance qu’ils s’injectaient.
L’analgésique pourrait donc s’avérer un bon traitement de substitution
à l’héroïne.
Ces essais cliniques ne peuvent pas être comparés à ce qui se fait
dans les centres d’injection supervisés comme le controversé Insite, à
Vancouver, insiste la Dre Brissette. N’empêche, les conclusions de
cette étude ont ravi les groupes soutenant l’implantation de tels
centres. Ceux-ci, au dire de leurs défenseurs, contribuent à réduire la
criminalité et la transmission du VIH. Le gouvernement du Québec, qui a
d’ailleurs financé une partie du projet NAOMI, s’était montré ouvert à
l’idée de mettre en route un projet pilote de centre d’injection sous
supervision avant de se rétracter, à l’arrivée du nouveau ministre de
la Santé et des Services sociaux Yves Bolduc. Il souhaite plutôt
désormais étudier en profondeur les données de NAOMI. Quant au
gouvernement fédéral, il n’a pas changé d’un iota sa position sur la
question, qu’il maintient depuis le début: non, un point c’est tout.
Pays-Bas : l'interdiction des champignons hallucinogènes maintenue en
appel AFP 14.04.09 | 16h00
La cour d'appel de La Haye a rejeté
mardi une demande en référé de levée de l'interdiction de vendre et de
cultiver des champignons hallucinogènes déposée par des magasins du
secteur. L'interdiction des champignons hallucinogènes, entrée en vigueur
le 1er décembre 2008, "n'est pas injuste" et "reste valable" , a indiqué la
cour d'appel dans un communiqué. Une association de magasins vendant des
champignons hallucinogènes avait fait appel d'une décision du juge des
référés, qui avait rejeté le 28 novembre 2008, sa requête demandant la
levée de cette interdiction de vente et culture. Plus de 180 espèces de
champignons hallucinogènes ont été interdites par le ministre néerlandais
de la Santé Ab Klink, qui avait estimé que leur consommation pouvait "mener
à un comportement imprévisible et de prise de risque". "Nous sommes très
déçus. Le ministre s'en tire avec des mensonges et une tricherie et cela
est avalisé par la cour d'appel", a déclaré à l'AFP Paul van Oyen, un
porte-parole des plaignants. Ces derniers estiment que quelques incidents,
dans lesquels le rôle des champignons hallucinogènes n'a pas été prouvé,
ont été montés en épingle pour justifier leur interdiction. Jusqu'à
décembre dernier, entre 1,5 et 2 millions de doses de champignons
hallucinogènes étaient consommés chaque année aux Pays-Bas, dont 90%
par des touristes étrangers, selon les autorités sanitaires. Les
députés néerlandais avaient réclamé l'interdiction des champignons
hallucinogènes après le suicide en mars 2007 d'une Française de 17 ans,
qui s'était jetée d'un pont d'Amsterdam après en avoir mangé. Aucun lien
n'avait cependant été établi entre son suicide et la consommation de
champignons.
BULLETIN D’ENCOD SUR LES POLITIQUES DES DROGUES EN EUROPE NR. 50 avril 2009
LA FIN DE LA POLITIQUE UNIVERSELLE DES DROGUES
Le résultat le plus important de la réunion de la Commission des Stupéfiants (CND) de cette année ( du 11 au 19 mars à Vienne) est que la prétention d’arriver à un consensus sur une politique unique des drogues a été anéantie. A la fin de la "Rencontre au Sommet" de cette CND ( occupé par des chefs d’états et des ministres) les profondes divergences entre les pays qui ont signé les traités concernant les drogues étaient évidentes.
Après quelques mois d’efforts vains pour arriver à un accord sur le thème de la Réduction des Risques (RR) lors de la préparation de cette CND, on arriva à un point culminant dans lequel la majorité des pays réussirent à se mettre d’accord sur le terme de Réduction des Risques de la Déclaration Politique (DP), le document final de cette CND. En revanche, la DP emploie le terme absurde de " service de soutien en relation". Du fait que l’actuelle situation soit assez sérieuse a résulté que la décision de permettre au gouvernement de présenter une déclaration lors de la session de clôture du 12 mars, dans laquelle il a été plus clair que ces pays interprètent le terme de " service de soutien en relation" comme " Réduction des Risques", de la même manière que durant de nombreuses années.
Cela déclencha des nombreuses déclarations de la part de la Russie, du Japon, du Pakistan et d’autres qui n’acceptèrent pas ce décalage par rapport à ce qu’ils considéraient comme un consensus. La position des Etats Unis, contrairement à d’autres observateurs, m’a paru raisonnable, critique, ne rejetant pas la position allemande.
La rupture dans ce "système de contrôle" des drogues de l’ONU n’est pas seulement provoqué par le terme de Réduction des Risques. Les Droits de l’Homme peuvent générer des discussions encore plus compliquées. Durant la dernière semaine de la CND, il y eût beaucoup d’indignations quand Singapour se défendit officiellement contre les critiques sur la violation des Droits de l’Homme, et confirma sa position.
Singapour demande le droit de pratiquer des châtiments corporels et même de condamner à la peine de mort pour des délits concernant les drogues. De nombreuses organisations se sont opposées à cela parce que, en accord avec l’ONU, la peine de mort est disproportionnée par rapport au crime.
Je crois qu’il vaut mieux signaler que l’idée d’une politique universelle des drogues est une illusion plutôt que de débattre de la peine de mort. Les progrès dans la politique des drogues que nous pensons nécessaires ( comme la régulation du cannabis au Pays-Bas) ne devraient pas dépendre de la réussite d’un accord préalable sur un thème dominé par des croyances et des convictions culturelles et religieuses profondément diverses.
Certains pays pensent que la vraie guerre aux drogues n’est pas encore commencée, d’autres pays veulent la terminer. Les pays engagés dans la Réduction des Risques veulent continuer ce chemin, mais ils se retrouvent bloqués par les pays qui préfèrent voir mourir les consommateurs de drogues, ou plus simplement les tuent. Cela démontre qu’il est impossible de maintenir une politique universelle des drogues, et nous fournit un fort argument pour en terminer avec la prohibition universelle des drogues.
Avant de commencer la CND il n’était toujours pas précisé s’il y aurait une autre occasion de réunion des ONG avec Antonio Maria Costa, le Directeur Exécutif du Bureau des Drogues et du Crime des Nations-Unies (ONUDD). Lors du deuxième jour de la Rencontre au Sommet, le 12 mars 2009, il a été annoncé un réunion de ce type comme un "Dialogue Ouvert".
Lors de cette réunion, j’ai rappelé a Costa son intention de publier un rapport sur la disponibilité du cannabis et sa consommation aux Pays-Bas, lui demandant ce qu’il avait fait de ce rapport.Sa réponse fût enregistrée par la Hungarian Civil Liberties Union, HCLU, cette fois de loin parce que soudain de nouvelles règles entraient en vigueur.
Costa dit que son rapport avait été "invalidé". Je ne l’ai pas suffisamment bien écouté à ce moment, parce que j’aurai dû lui répondre qu’il y avait alors une divergence d’opinion avec le gouvernement hollandais. Ce que j’ai dit c’est que nous avions besoin d’un rapport documenté avec sources et références. Costa a simplement répété qu’il avait répondu sur son blog ainsi que lors de la conférence de la veille, qui n’était ouverte qu’à la presse. J’ai répondu qu’il ne faisait pas son travail correctement. A ce moment, le modérateur a continué avec une autre question.
L’année de réflexion qui devait en principe se terminer lors de cette réunion de la CND, ne fût évidemment pas utilisée de la manière qu’elle aurait dû. Mike Trace, devant l’ONUDD , et maintenant personnage central du Consortium International sur la Politique des Drogues (IDCP), l’avait prédit. Dans cet article pour The Guardian, il avait écrit " nous sommes sur le point de voir la communauté internationale prendre le chemin de la meilleure résistance politique et diplomatique. Rien ne sera fait pour aider les millions de personnes dans le monde dont la vie a été détruite par les marchés et les consommations de drogue. Et le plus déprimant dans tout ça c’est qu’on peut tous réserver nos places pour 2019 et de nouveau jouer la même comédie."
La CND de 2009 aurait dû être le commencement d’une réelle année de réflexion. Comme l’avait manifesté ENCOD à la réunion : il faudrait un moratoire de la politique des drogues, au moins jusqu’à la CND de 2010. Il a été prouvé que prétendre qu’il existe un consensus sur la politique des drogues est faux. Maintenant nous devons nous défaire de l’actuel système universel. Je suis optimiste mais aussi réaliste. Je suis convaincu que nous sommes en train de gagner, que nos adversaires sont sur la défensive. Pendant longtemps, notre plus grand défi a été d’inscrire le thème des alternatives dans l’agenda. Actuellement, c’est en train de se passer, en Amérique Latine, aux Pays-Bas, aux Etats-Unis et dans beaucoup d’autres endroits.
Je crois que le dernier coup à la prohibition sera donné aux Etats-Unis. Pas en Europe. C’est dommage, mais nous devrons l’accepter. Il y a une forte tendance au changement dans l’opinion publique en ce qui concerne la politique des drogues dans plusieurs pays, et surtout aux Etats-Unis. Ces dernières semaines, le meilleur a été l’article et l’interview en video de l’économiste de Harvard Jeffrey Miron sur CNN. Quand les Etats-Unis arrêteront la prohibition des drogues beaucoup de pays suivront rapidement et avec plaisir, dit Miron.
Notre tâchel est tout simplement de maintenir la pression sur les politiciens et continuer de faire ce que nous faisons depuis des années. Il y a un flux ascendant qui ne peut plus s’arrêter.
Je voudrais finir avec un message qu’a envoyé Chris Conrad à ses amis le 12 mars :
Morales mastique une feuille de coca lors d’une conférence anti-drogue de l’ONU :
"J’étais tellement fier de pouvoir être dans la salle hier quand le président bolivien Morales défia la Convention des Stupéfiants de l’ONU et mastiqua une feuille de coca devant la conférence de l’ONU . Des applaudissements saluèrent son acte quand il dit à l’ONU que la coca fait fondamentalement partie de la culture de Bolivie ; que l’on peut prévenir le trafic, dit-il, mais nous ne pouvons pas éliminer la feuille de coca et son usage traditionnel. J’espère vivre le jour où quelqu’un fera la même chose avec un joint... J’ai réellement senti qu’il se passé quelque chose d’historique ; le démantèlement de la guerre aux drogues. Les manifestants dehors, Morales à l’intérieur et la confusion de ce que sera la politique des Etats-Unis, ensuite beaucoup de déclarations qui soulignent la nécessité de revoir rapidement les politiques et ne pas continuer encore dix ans. Viva !" (Chris Conrad )
Par Fredrick Polak
(L’accréditation de Fredrick Polak à la réunion de l’ONU a été facilitée par le Réseau Légal de VIH/SIDA du Canada)
BULLETIN D’ENCOD SUR LES POLITIQUES DES DROGUES EN EUROPE NR. 48 FÉVRIER 2009
FEU VERT À LA MAISON BLANCHE ?
Dans quelques semaines , nous pourrons voir un premier signe important de la promesse de Barrack Obama d’un véritable changement de régime aux Etats-Unis.
Quand la Commission de l’ONUsur les stupéfiants se réunira à Vienne du 11 au 20 Mars afin d’établir les nouvelles directives de la politique internationale des drogues pour les années à venir, les yeux du monde se dirigeront vers ceux qui seront mandatés par le nouveau conseil de la Maison Blanche pour diriger cette réunion. Washington continuera-t-il à mener le monde dans une rue à sens unique en cul de sac, ou commencera-t-on dialoguer ? Comment est-ce que les deux autres pièces maîtresses sur l’échiquier des politiques globales des drogues, le bureau de l’ONU du Contrôle des Drogues et l’Union Européenne, répondront-ils à cette occasion pour changer le cours de l’histoire ?
Quelles sont les véritables perspectives du rêve que les leaders mondiaux commenceront finalement à discuter d’une alternative raisonnable à la folie globale de la lutte anti-drogue ?
En tant qu’ hôte des réunions annuelles de la CND, l’UNODC à Vienne n’a aucun intérêt dans tout ce qui peut menacer le consensus de l’actuel status quo. La manière catégorique dont leDirecteur Exécutif Antonio Maria Costarefuse de discuter les résultats des politiques hollandaises du cannabis montre ici que la porte vers de nouvelles approches dans la politique de drogue est fermement close. Quant à celle de l’Union Européenne, elle dépendra beaucoup des porte-parole. Les contradictions légendaires entre les gouvernements de l’UE aussi bien qu’entre les discours et les actions de la bureaucratie de l’UE, demeurent les obstacles principaux pour accomplir quelque progrès que ce soit.
Aux Pays Bas, où le cannabis a été officiellement mis à la disposition des adultes par la vente dans les coffeeshops depuis 1976, le niveau de l’utilisation de cannabis est plus bas que dans les pays voisins où le cannabis est seulement disponible sur le marché noir. Par conséquent ce sont les politiques concernant le cannabis de ces pays, et non pas celles des Pays Bas, qui doivent être d’abord remises en question. C’est la vérité fondamentale que les politiciens de l’UE ne veulent pas admettre, et que les fonctionnaires obéissants ne veulent pas contester . Ainsi en attendant, n’importe quel type de discussion sur les drogues est évité et l’UE dope des politiques qui continuent à être des façades conçues pour tromper les contribuables.
En décembre 2008 la Commission européenne a fourni un nouveauPlan d’Action de l’UE sur les Droguessans permettre aucune occasion pour les commenter au Parlement européen, ni auForum de la Société Civilerécemment créé ni auForum Public sur Internetqui avait été spécifiquement établi pour cette occasion deux mois auparavant. Seulement les ministres et les fonctionnaires ont participé à la rédaction de ce plan, qui cite ironiquement la « participation des citoyens de l’UE dans la politique de drogue » en tant que deuxième priorité. Dans un style véritablement héroïque, le plan annonce le lancement d’une soi-disant alliance européenne sur les drogues en juin 2009, une association de citoyens et d’autorités pour lutter contre les drogues.
Une " Alliance européenne sur les Drogues" ressemble à un terme qui a pu être présenté pendant et après une conversation lors d’un dîner entre les chefs de l’UE. Même les personnes travaillant dans le bureau del’Unité Anti-Drogues de la Commission Européenneà Bruxelles ne peuvent pas encore expliquer ce que veut cette alliance ni de quoi elle sera composée.
Pour le prochainForum de la Société Civile, Encod rédigera une proposition pour un dialogue vrai et efficace sur la politique de drogue entre les autorités et les citoyens en Europe. Un dialogue basé sur la connaissance que nous partageons des intérêts communs : utilisant la meilleure expertise et la meilleure connaissance disponibles afin de convertir l’information basée sur des faits dans des propositions raisonnables et pragmatiques pour une meilleure approche.
La recherche qu’Encod a conduite les mois passés parmi des associations de consommateurs de drogue en Europe, dont certains ont 35 années d’expérience dans le dialogue avec les autorités, produit les recommandations de base concernant la façon de construire des ponts entre les autorités et les citoyens qui sont concernés par les politiques de drogue.
En attendant, Encod construit des modèles de transition vers un futur où les problèmes liés à la drogue sont traités de manière sociale centrée sur la santé à la place d’un traitement judiciaire.
Bien qu’Encod ne sera à l’initiative d’aucun grand événement à l’extérieur du bâtiment de l’ONU à Vienne cette année, à cause de problèmes d’organisation, nous enverrons une délégation à l’intérieur de personnes qui représentent des expériences de certains des citoyens qui sont les plus affectés par les politiques de drogue dans le monde.
Il est possible de rencontrer les membres de cette délégation à la conférence qu’Encod organisera le 4 mars, la semaine précédant Vienne, au Parlement Européen, sous l’intitulé« Coca 2009 - de la persécution à la proposition ». À cette conférence, organisée en collaboration avec le Gouvernement Bolivien et des organisations de cultivateurs de coca sous les auspices du membre du Parlement européen Giusto Catania, Encod proposeraun modèlepour commencer à commercialiser les produits traditionnels de feuille de coca en Europe dans un cadre de commerce équitable.
Selon ce modèle les produits dérivés de la coca ne seront pas disponibles sur le marché ordinaire. La transaction commerciale aura lieu entre les associations (des cultivateurs de feuille de coca et des consommateurs des produits de coca), sans intervention des entreprises privées anonymes. Le modèle est basé sur un accord signé par Encod et par diverses fédérations de cultivateurs de coca en Bolivie, qui seront propriétaires de cette initiative.
L’idée est de présenter au monde entier une utilisation plus saine des feuilles de coca que la manière dont elle a été employée en dehors de la région andine jusqu’ici : que ce soit la cocaïne ou le coca-cola. La bibliographie sur les effets positifs de la coca sur le fonctionnement du corps et de l’esprit est impressionnante. Selon uneétude de Harvard en 1978la consommation de la feuille de coca dans le thé ou d’autres produits n’a aucun effet secondaire négatif, il agit en tant que stimulant modéré, antidépresseur et anesthésique local, améliore la fonction de l’estomac, des muscles et de la gorge, et peut être employée dans le traitement de l’obésité et du diabète.
Au sommet de l’ONU à Vienne, le Gouvernement Bolivien présentera une proposition pour en finir avec la persécution de la feuille de coca. Quand il verra cette proposition, Barrack Obama devrait réaliser ce "yes", il peut en finir avec une guerre qui a transformé la région andine en politique "Guantanamo" des drogues. En décriminalisant la culture des feuilles de coca dans la région andine et en permettant l’accès au marché pour que des produits issus de la feuille de coca se répandent à travers le monde, un plus juste et plus efficace système de contrôle de la culture de la coca peut être présenté, et des perspectives du développement durable de la coca proposant des espaces structurés pourront être créées.
Depuis 1995, Encod a fait campagne avec des organisations de cultivateurs de coca de la région andine pour l’usage légal des produits traditionnels issus de feuille de coca en Europe comme moyen d’enseigner au monde occidental la bonne manière d’employer ce produit et de réduire la disponibilité de la coca à la production illégale de la cocaïne. Cet appel a été rappelé par le Parlement Européen dans plusieurs occasions. Et puisque le leader Evo Morales, cultivateur de coca est devenu le président de la Bolivie, le gouvernement de ce pays propose également que l’ONU retire la coca de la liste des drogues interdites.
La même théorie peut être appliquée à l’utilisation légale du cannabis qui est traditionnellement développée au Maroc, de l’opium en Afghanistan, et de la culture pour la consommation personnelle de n’importe quel genre de plante et où que ce soit.
Avec le feu vert de la Maison Blanche, l’UNODC et l’UE devraient prendre leur responsabilité et commencer le démantèlement des conventions qui ont transformé le monde en salle de jeu pour le crime organisé. Chaque société devrait avoir le droit d’établir ses propres normes culturellement admises pour contrôler la production et la distribution des substances que les gens désirent consommer, dans le contexte des droits de l’homme.
Par Joep Oomen
Ceux qui ne peuvent pas aller à Bruxelles le 4 Mars,peuvent participer à la discussion en envoyant leurs commentaires à coca2009@encod.org
Selon un article rédigé par un psychiatre des Services de Santé de l’armée canadienne à Ottawa, le cannabinoïde synthétique nabilone s’est révélé efficace pour traiter les symptômes de stress post-traumatique (SSPT). Le nabilone produit des effets similaires au cannabinoïde naturel dronabinol (THC). Les dossiers médicaux de 47 patients atteints du SSPT et qui souffraient de cauchemars persistants malgré la prise d’antidépresseurs et de sédatifs conventionnels ont été analysés après l’administration complémentaire d’un traitement à base de nabilone. Tous les patients concernés avaient été transférés entre 2004 et 2006 à une clinique psychiatrique.
La majorité des patients à qui l’on a administré le nabilone (72 %) ont indiqué que les cauchemars avaient cessé ou que leur intensité avait diminué de manière significative. De plus, certains patients ont noté une amélioration de la durée et de la qualité de leur sommeil, et la réduction du nombre des flash-back diurnes ainsi que des sueurs nocturnes. Ces travaux composent le premier rapport clinique sur l’usage du cannabis dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique.
(Source : Fraser GA. The use of a synthetic cannabinoid in the management of treatment-resistant nightmares in posttraumatic stress disorder (PTSD). CNS Neurosci Ther 2009;15(1):84-8.)
Dans un communiqué de presse, la société britannique GW Pharmaceuticals a fait savoir qu’une réduction prolongée de la spasticité chez des patients atteints d’une sclérose en plaques avait été enregistrée avec son extrait de cannabis sativex. Une étude sur les effets de sevrage a évalué les symptômes chez 36 patients ayant suivi un traitement à base de sativex pendant plusieurs années (durée moyenne = 3,6 ans). Par la suite, les participants ont reçu pendant quatre semaines soit du sativex soit un placebo, à dosage fixe, selon le principe de l’étude randomisée en double aveugle.
Le résultat primaire de l’étude de l’efficacité – le temps entre le début jusqu’à l’abandon du traitement – a été nettement favorable au traitement avec le sativex. La différence entre le résultat obtenu avec le sativex et celui du placebo a aussi été significative du point de vue de l’impression générale du malade. Cette différence a également été remarquée par le personnel soignant, concernant principalement les capacités fonctionnelles, en d’autres termes le personnel soignant a remarqué que l’intensité de la spasticité augmentait quand les patients n’avaient plus été traités avec le sativex. Cette manière de procéder a permis d’obtenir une confirmation indépendante du résultat primaire de l’étude de l’efficacité.
Selon un rapport de cas présenté par les chercheurs du centre Montefiore Headache Center de l’Institut médical Albert Einstein de New York (Etats-Unis), le cannabis fumé et le dronabinol par voie orale ont tous deux été efficaces dans le traitement des maux des céphalées vasculaires de Horton. Un étudiant de l’université, âgé de 19 ans, souffrait de crises cycliques prévisibles, à des intervalles de un à deux mois et qui duraient environ deux semaines. Pendant les 15 jours de crise, l’étudiant souffrait d’algies qui apparaissaient un jour sur deux et qui, sans traitement, duraient en moyenne entre trois et quatre heures. Afin de guérir l’étudiant de ces crises, de nombreux traitements avaient été essayés, mais sans obtenir de résultats vraiment convaincants.
Le patient avait remarqué que l’inhalation de cannabis au moment où les douleurs apparaissaient conduisait à une disparition complète ou partielle des crises dans les cinq minutes suivantes. À l’hôpital, le cannabis a été remplacé par du THC, qui a également produit un soulagement spectaculaire. Les chercheurs ont noté que « l’effet bénéfique pouvait avoir un rapport avec la forte concentration des récepteurs cannabinoïdes dans l'hypothalamus, identifiée comme étant la région responsable du dysfonctionnement suite à des études de neuro-imagerie ».
(Source : Robbins MS, Tarshish S, Solomon S, Grosberg BM. Cluster Attacks Responsive to Recreational Cannabis and Dronabinol. Headache. 2009 Feb 11. [publication électronique avant impression])
Etats-Unis: Obama et les rafles Des remarques faites récemment par le ministre américain de la Justice, Eric Holder, lors d’une conférence de presse confirment que le nouveau gouvernement fédéral ne procédera plus à des rafles dans les dispensaires de cannabis médicales et prévoit d’instaurer une politique qui va aider les patients à se procurer le cannabis. La déclaration date du 25 février dernier, pendant laquelle le ministre a soutenu que l’Administration tiendra la promesse du président Obama, faite lors de sa campagne, qui consiste à en finir avec les rafles. (Source : Times-Standard, du 27 février 2009)
Science: miction À l’université de Munich (Allemagne), une étude animale a montré que l’activation du récepteur CB2 augmentait l’intervalle entre les mictions et réduisait le tonus de la vessie. Ceci pourrait expliquer les effets thérapeutiques du THC et du cannabis chez les patients atteints d’une sclérose en plaques qui doivent vider leur vessie plus souvent du fait que leur tonus musculaire est plus élevé. (Source : Gratzke C, et al. J Urol, du 21 février 2009 [publication électronique avant impression])
Science: chute des dents D’après une étude menée à l’université d’Aarhus (Danemark), l’usage du cannabis n’est pas associé à une augmentation du risque de chute des dents. C’est ce qui a été découvert en analysant des données relatives à des examens de dépistage chez des étudiants chiliens. Aucune augmentation du risque de parodontose, ni de chute de dents n’ont été observées. Étant donné que le THC dessèche la bouche, il a été suggéré que la chute des dents pouvait être un possible effet secondaire. Il s’agit d’une première étude réalisée à ce sujet. (Source : López R and Baelum V. J Clin Periodontol 2009;36(3):185-9.)
Science: anesthésie Dans une étude incluant 30 consommateurs réguliers de cannabis et 30 non consommateurs, le besoin de propofol pour l’initiation de l’anesthésie générale a été étudié. Le groupe des consommateurs a eu besoin de doses significativement plus importantes de l’anesthésique que les non consommateurs. (Source : Flisberg P, et al. EUR J Anaesthesiol 2009;26(3):192-195.)
Science: colite ulcéreuse Des chercheurs de l’université d’Erlangen-Nuremberg (Allemagne) ont étudié les effets de l’endocannabinoide anandamide dans le modèle animale (souris) de la colite, induite par une substance chimique. L’administration de l’anandamide a réduit l’inflammation de façon significative. (Source : Engel MA, et al. J Physiol Pharmacol 2008;59(4):673-89.)
Le sommet de l’ONU sur les drogues qui se tient à Vienne doit faire le bilan de la stratégie élaborée en 1998 visant l’éradication de la culture des plantes à drogues en 10 ans.
Or le bilan est catastrophique : augmentation de 80% de la production d’opium, et de 40% de la coca.
A l’instar du président bolivien Evo Morales, de nombreux pays d’Amérique latine remettent en cause cette stratégie facteur de corruption et de menace pour la sécurité des populations. Aux Etats-Unis mêmes, Barack Obama s’est engagé à reconnaître le cannabis thérapeutique et à soutenir le développement d’une politique de réduction des risques.
En Europe, un bilan a été fait à la demande la Commission européenne, le rapport Reuter, dont les conclusions sont sans appel : il stipule en effet que « la lutte anti-drogue a [eu] pour effet de renforcer la corruption et la grande criminalité, et de multiplier les risques sanitaires, parfois mortels, pour les consommateurs ».
Face à cette situation, les Verts estiment urgente une nouvelle politique aussi bien pour lutter contre le crime organisé, la circulation de l’argent sale et la corruption, que pour protéger la santé des usagers.
En France, il y a eu plus de 170 000 interpellations pour infraction à la législation sur les stupéfiants en 2008, soit le double de 2001 et un tiers des interpellations toutes causes confondues. Parallèlement, le nombre d’overdoses mortelles ne cesse d’augmenter : on observe une multiplication par cinq d’overdoses entre 2001 et 2008.
Une conclusion s’impose : la répression est un facteur aggravant des risques et donc de mortalité.
Les Verts estiment que la politique menée en France est irresponsable. Ils proposent une nouvelle politique européenne des drogues décriminalisant l’usage et évaluant précisément les politiques menées pour protéger les personnes et leur permettre d’être au mieux les acteurs de leur santé.
Ils souhaitent d’ores et déjà ouvrir un grand débat pour faire efficacement face à une réalité qui reste plus que jamais tabou en France, alors que la politique répressive menée en la matière s’avère un échec flagrant. Ils proposent une réforme de la loi de 1970 pour cesser d’instituer l’usager de drogues en délinquant et proposent de permettre une expérimentation régionale de nouvelles politiques de drogues adaptées aux situations locales (salles de consommation, prescription d’héroïne médicalisée, ...).
Il est grand temps de sortir des positions morales et répressives à l’égard des usagers, qui plus est inefficaces. Les Verts proposent de mettre en place une politique qui concilie les libertés individuelles, la protection de la santé publique et la lutte contre la grande criminalité.
Cessons enfin l’hypocrisie consistant à enfermer les sans grade, et attaquons nous aux vrais problèmes de corruption et de blanchiment !
L'ingrédient actif dans la marijuana semble réduire la croissance des tumeurs, d'après les conclusions d'une étude menée par des chercheurs espagnols et rendue publique mercredi.
Ces chercheurs ont découvert que le fait de donner du tétrahydrocannabinol (THC) aux souris atteintes d'un cancer diminuait la croissance tumorale et tuait des cellules, dans le cadre d'un processus appelé autophagie.
"Nos conclusions sont que des doses sûres, thérapeutiquement efficaces de THC peuvent être administrées à des cancéreux", a déclaré Guillermo Velasco, de l'université Complutense à Madrid, et ses collègues, dans la dernière livraison de la revue médicale Journal of Clinical Investigation.
Le tétrahydrocannabinol est la molécule la plus connue qui compose le cannabis. Des recherches ont déjà montré son importance pour lutter contre la maladie d'Alzheimer.
Etats-Unis: des Etats songent à des taxes sur le cannabis pour réduire les déficits
1 mars 2009
WASHINGTON (AFP) — Les Etats américains qui connaissent actuellement des déficits record, songent à améliorer leurs trésoreries avec un impôt sur l'herbe de cannabis qui pourrait rapporter plusieurs milliards de dollars de revenus nouveaux.
Le parlementaire de l'Etat de Californie (ouest), Tom Ammiano de San Francisco, a déposé une proposition de loi lundi créant un impôt sur la culture, l'achat, et la vente du cannabis, sur une base de 14 milliards de dollars de revenus annuels.
M. Ammiano a le soutien pour son projet de loi de l'Organisation nationale pour réforme des lois sur la Marijuana (NORML), qui assure que la récession pousse actuellement les législateurs des Etats à reconsidérer les lois sur le cannabis.
La NORML a travaillé ces derniers mois avec les parlementaires des Etats, y compris le très conservateur Texas (sud), sur des analyses budgétaires destinées à déterminer dans quelle mesure les déficits peuvent être comblés par une légalisation du cannabis.
"Le cannabis par hédonisme, pour l'usage médical, comme plante cultivée industriellement, et pour tout son attirail, est très populaire et devrait être imposé", a dit à l'AFP le directeur exécutif de la NORML Allen St Pierre.
Selon lui, le projet de loi de M. Ammiano reprend les estimations de la NORML les plus conservatrices.
M. St Pierre estime que la Californie pourrait récolter jusqu'à 20 milliards de dollars par an. Dans cet Etat, les dispensaires qui procurent de la marijuana à des fins médicales, peuvent engranger jusqu'à 50.000 dollars par jour, selon lui.
Mais pour Eric Voth, opposant à la légalisation et président de l'Institut des politiques mondiales sur les drogues, "le nombre de personnes qui deviendront des consommateurs ou qui vont aggraver leurs habitudes en raison de la disparition des contraintes imposées par la loi, va coûter au système bien plus que ce qui pourrait être généré sous forme de revenus fiscaux".
M. Voth affirme que les tenants de la légalisation mentent aux gens et que leur arrière pensée est la légalisation "à tout prix".
John Lovell qui représente l'Association des chefs de la police de Californie et l'Association californienne des officiers de police des stupéfiants, estime lui que le projet de loi n'éliminera pas le marché illicite de la marijuana, ne rapportera pas beaucoup d'argent et fera exploser la consommation.
Quelque 115 millions d'Américains vivent déjà dans les 13 Etats qui ont dépénalisé la marijuana à des degrés divers.
Ainsi en Alaska (nord-ouest) et à Denver (Colorado, ouest), la possession de cannabis n'est pas pénalisée pour les petites quantités. "Leurs citoyens sont normaux, leur enfants en bonne santé", assure M. St Pierre.
En 2005, un économiste de l'Université de Harvard, Jeffery Miron, a publié une lettre ouverte au président George W. Bush appelant à la légalisation.
M. Miron a reconnu que sa lettre, intitulée "Les implications budgétaires de l'interdiction de la marijuana", pourrait ne pas être considérée plus sérieusement en 2009, même par temps de crise financière.
"Mais, si vous regardez l'histoire de la prohibition de l'alcool, les gens parlaient du besoin de revenus fiscaux, au début de la crise des années 30, comme une des raisons qui leur ferait changer d'avis", a dit M. St Pierre.
Trois sondages nationaux en 2009 ont révélé qu'un grand nombre d'Américains soutiennent la légalisation: 40% pour Rasmussen, 41% pour CBS News et 44% pour Zogby pour le compte de la NORML. Il y a 20 ans, ce chiffre ne dépassait pas les 20%.
« En 2008, l'héroïne est passée devant le cannabis »
Agrandir la photo Vincent Gosselin, inspecteur à la direction régionale des douanes de Champagne-Ardenne
Les saisies douanières de stupéfiants le montrent : dans l'Aube, l'héroïne gagne du terrain et le cannabis n'en perd pas. Décryptage
À Troyes, plus une seule audience correctionnelle sans affaire de stupéfiants : cannabis ou héroïne, depuis l'usage jusqu'à l'importation, en passant par la revente. Inspecteur à la direction régionale des douanes, Vincent Gosselin évoque une situation préoccupante. Les audiences du tribunal correctionnel ont vu se multiplier les dossiers de trafic d'héroïne. À quoi attribuez-vous ce phénomène ? Depuis dix ans, on assiste à une véritable évolution du marché de l'héroïne, caractérisée par une importante baisse des prix. Là où dans les années 2000, le prix du gramme en Champagne-Ardenne oscillait entre 60 et 80 €, il était descendu à 55 € en 2006 et se vend aujourd'hui 30 €, tout en sachant qu'aux Pays-Bas, le gramme s'achète actuellement entre 8 et 10 €. Comment s'explique cette baisse des prix ? D'abord le produit est de plus en plus coupé avec à la fin seulement 8 % parfois de principe actif. Ensuite, on est face à une guerre commerciale parce que le marché du cannabis apparaît saturé. Les trafiquants cherchent de nouveaux clients, en remettant au goût du jour d'anciens produits mais sans rogner sur les bénéfices. Avec quoi l'héroïne est-elle coupée ? Avec tout ce qui peut donner de la poudre blanche ou brune : farine, aspirine, médicaments peu chers… Quel est le profil de ces nouveaux « clients » ? Les trafiquants ciblent les consommateurs d'ecstasy, plus globalement les participants aux festivals de musique techno. On estime qu'un quart d'entre eux - 360 000 au plan national - ont déjà expérimenté l'héroïne. C'est d'autant plus inquiétant que l'image de
drogue dure et irrémédiable qui était attachée à l'héroïne, il y a vingt à trente ans, est en passe de se banaliser. Pour quelles raisons ? Aujourd'hui, l'héroïne n'est plus liée à un mode de vie marginal, on a affaire à des consommateurs qui sont insérés professionnellement, même quand ils consomment 1 à 2 g/j. En 2008 en Champagne-Ardenne, avec deux saisies d'héroïne de plus de dix kilos chacune en Haute-Marne et dans la Marne, ce produit, au niveau des quantités saisies, est passé devant le cannabis. Et sans évoquer ces qualités exceptionnelles, les saisies douanières montrent une réelle progression. En 2000, les saisies tournaient aux environs de 5 grammes, en 2006, la moyenne était de 40 g, aujourd'hui on est facilement à 100 g de moyenne par saisie. Le fait que l'héroïne soit coupée atténue-t-il le risque de dépendance ? Coupé, le produit a des effets moins longs et moins intenses mais le marquage du cerveau par le principe actif reste le même que dans le cas de l'héroïne pure. Goûter une seule fois le produit suffit à marquer le cerveau avec comme conséquences, qu'en cas de contrariété, il y aura le sentiment de manque. Il y a un signe : l'augmentation du nombre des patients sous subutex, l'un des principaux produits de substitution à l'héroïne. Ils étaient 40 000 en 1998 et en 2008, 90 000. Le subutex est désormais le onzième médicament remboursé par la Sécurité sociale. Quelles sont selon vous les parades ? Elle passe par le maintien d'un niveau élevé des contrôles et de la répression. Parallèlement, il est nécessaire de développer la prévention, en direction des adolescents comme de leurs parents.
Pour commencer cette conférence,(1)je voudrais vous raconter une anecdote historique. Dès janvier 1919, les prêtres catholiques américains devaient obtenir une autorisation de l'administration fédérale pour se procurer du vin de messe. L'ère de la Prohibition avait commencé. Pendant douze longues années, la production, le commerce et la consommation de boissons alcoolisées demeurèrent totalement interdits aux États-Unis. Très vite, on vit apparaître des sectes se réclamant du christianisme pour pratiquer avec dérogation administrative la communion sous les deux espèces. Tous les observateurs notaient le zèle particulier des fidèles pour l'absorption de vin consacré.
Il n'y eut pas que des petits malins pour tourner la loi sur la prohibition de l'alcool. Des mafias, habituées à fonctionner dans l'illégalité, saisirent une si belle occasion de diversifier leurs revenus traditionnellement liés au jeu et à la prostitution. Des distilleries clandestines proliférèrent dans tout le pays. Fabriqués à la hâte, sans hygiène, leurs produits rendaient souvent fou ou aveugle, mais quel recours avait l’imprudent consommateur ? D'autres gangs, qui ciblaient plutôt une clientèle fortunée, passaient en contrebande des spiritueux de qualité venus d'Europe. L’argent dubootlegpervertissait l’État jusqu’au plus haut niveau; un des exemples remarquables reste celui de Joseph Kennedy, fondateur de la dynastie qui donna un président et plusieurs sénateurs au pays, et qui lui-même, après avoir édifié sa fortune dans l’importation d’alcool en fraude, se fit nommer à la tête de la puissante et prestigieuse Commission des Opérations de Bourse par les politiciens qu’il avait si longtemps stipendiés.
La conséquence la plus tragique de la Prohibition fut évidemment l’augmentation spectaculaire des crimes de sang. Parce qu'ils ne pouvaient pas recourir aux tribunaux, les gangs réglaient leurs différends dans des batailles de rue et par des assassinats, qui marquent encore la mémoire de villes comme Chicago. On a pu écrire que la violence causée par la Prohibition a provoqué plus de morts pendant les douze années qu'elle a durées que n'en auraient causé la cirrhose et les accidents dus à l'alcool. (2)
Si tout ce que je viens de vous dire ne vous rappelle pas ce qui se passe aujourd'hui avec la prohibition de la cocaïne et des autres drogues, c'est que vous avez vécu sur une île déserte, sans journaux et sans radio depuis 20 ans.
Or, que s'est-il passé lorsque la Prohibition de l'alcool a cessé aux États Unis ? Des multinationales comme des petits producteurs ont mis en vente des vins et des spiritueux non frelatés. Les seules batailles qu’ils ont continué de se livrer étaient sous forme de publicité et de prix cassés. La mafia a déserté ce secteur, et on n’y a plus recensé aucun cas de corruption ni de " blanchiment ". Et, curieusement, la consommation d’alcool comme celle de cigarettes diminue dans beaucoup de pays où la vente y est autorisée.
Est-ce que l'expérience que je viens de décrire de la prohibition de l'alcool aux États Unis n'aurait rien à nous apprendre, ou bien est-elle pertinente pour analyser cette nouvelle prohibition qui vise cette fois les amphétamines, la cocaïne, l'héroïne, le cannabis.., ce qu'on appelle communément " la drogue " ? Il y a quelque chose que je trouve effrayant dans l’ampleur et la violence de la répression qui s’abat sur les drogués. Le discours utilisé, les moyens mis en œuvre, sont vraiment ceux de la guerre.(3)Dans notre propre pays, qui se veut un modèle d’État de droit, les policiers et les magistrats réclament des lois d’exception et des exceptions à la loi sous prétexte de trouver et punir les trafiquants. La délation devient obligatoire, comme aux beaux jours du nazisme et du stalinisme.(4)Lorsque les gouvernements, partout, montrent une telle unanimité répressive, est-ce que notre devoir minimum de citoyen n’est pas de se poser des questions ? Se pourrait-il, par exemple, que nous soyons en train de répéter l’erreur des prohibitionnistes de l’alcool, dont les remèdes ont causé plus de morts que le mal qu’ils voulaient combattre ? Se pourrait-il que la répression arrange autant les affaires des mafieux que celles des politiciens ? Tout ce qui concerne la drogue a des rapports avec notre inconscient, et c’est précisément parce que l’émotion qu’elle suscite permet toutes les manipulations que nous devons nous poser de telles questions.
La persécution des drogués
La première des manipulations est évidemment celle du vocabulaire. Lorsque les magistrats et les policiers prétendent qu'ils mènent la " guerre à la drogue ", ils abusent des mots. " Persécution " est le terme qui convient. Appeler leur croisade " persécution " rendrait la cause des policiers moins populaire, mais décrirait mieux la réalité. Car notez que dans une guerre, il y a deux adversaires qui luttent pour s'imposer l'un à l'autre. Or, le drogué ne menace personne, il se trompe certainement dans la voie qu’il a choisie, mais il n’oblige personne à le suivre; le drogué ne contraint personne à se droguer, c’est nous qui voulons, par la force des armes, lui imposer notre propre façon de vivre. Alors, je m'interroge sur la raison même de cette persécution. Pourquoi interdire la drogue ? Car il ne peut pas, absolument pas, y avoir de justification rationnelle à l'interdiction de produire, de commercialiser et de consommer des drogues. Il n'existe pas de raison morale. Il n'existe pas de raison économique. Il n'existe pas de raison sociale. La persécution que pratiquent nos gouvernants n'est pas de l'ordre de la raison. Son absurdité est telle qu’il faut en chercher les causes dans nos peurs, dans la peur que notre société éprouve devant tous les essais de modifier les états de conscience. Nous n'aimons pas les mystiques, les chamans, nous ridiculisons les voyants, nous enfermons les fous et les délirants, même s'ils ne sont pas dangereux, nous persécutons les drogués, comme nous avons brûlé les sorcières. Dans notre société qui se veut sécularisée, la persécution des drogués est une persécution religieuse. C'est ce que je vais essayer d'expliquer.
Les vrais dangers de la drogue
Laissez-moi d’abord vous dire que je suis confronté au problème de la drogue comme l’est tout père de famille en Occident. La drogue n’évoque pas pour moi le stimulant intellectuel que prenaient Einstein, Freud (ou Sherlock Holmes), ni l’inducteur de rêveries et de visions qu’affectaient Baudelaire, Malraux, Cocteau, Michaux et tant d'autres. Je suis atterré que la drogue soit aujourd’hui celle que les lycéens refilent à leurs petits camarades, celle que contenaient les seringues abandonnées qu’on trouve dans les jardins publics, celle desjunkiesaux dents déchaussées et aux orteils horriblement piqués et tuméfiés, parce que les orteils sont moins repérables par les policiers que les bras.
Mais j’ai eu aussi une autre expérience de la drogue. J’ai été président pendant dix ans d’une société française qui produisait de la cocaïne - en toute légalité, car cet alcaloïde a encore un usage médical. Celle que nous produisions sous le contrôle du Ministère de la Santé et sous surveillance policière était " de la pure ", vendue à des laboratoires pharmaceutiques et des hôpitaux. De temps en temps, les douaniers nous envoyaient leurs prises en espérant que nous pourrions les traiter et leur acheter la cocaïne récupérée. Ces produits confisqués aux trafiquants déconcertaient notre meilleur chimiste et furent pour moi la révélation d’une immense aberration dans notre politique répressive. La cocaïne de contrebande était tellement dénaturée, mélangée avec n’importe quelle poudre blanche, de la lessive, du plâtre même, les impuretés si nombreuses que, huit fois sur dix, elle était irrécupérable. Mais je réalisais que c’est cette mixture que les jeunes prisaient ou s’injectaient. La dangereuse différence entre la cocaïne que nous produisions dans notre laboratoire et celle vendue dans la rue tenait aux impuretés. La pâte que fourgue un dealer est potentiellement mortelle, non pas tant à cause de la cocaïne qu’elle contient que des produits qu’on y a mêlés.
Ce qui s’explique aisément. La cocaïne, comme vous l'avez vu dix fois à la télévision, est extraite des feuilles d’une plante, la coca. Son extraction demande un traitement chimique qui nécessite un appareillage simple mais encombrant. L’interdiction de la production de cocaïne fait que les laboratoires où l’extraction s’effectue doivent rester cachés dans des fermes, des usines désaffectées, des bidonvilles, et qu’ils doivent déménager fréquemment ; les conditions d’hygiène ne peuvent en aucun cas y être satisfaisantes. La vente des solvants organiques nécessaires à l’extraction est elle-même contrôlée par la police. Les chimistes clandestins utilisent donc des ersatz qu’ils préparent dans leur garage, dans leur cave, dont vous imaginez la qualité. Puis cette pâte frelatée doit passer les frontières, indécelée des douaniers. Récemment, j'ai entendu dire qu'un antiquaire a été arrêté à Genève. Il importait des tableaux, beaucoup trop de tableaux au sentiment des douaniers. La cocaïne était diluée dans le vernis qui recouvrait les toiles. Quelqu'un allait s'injecter du vernis de tableaux avec un peu de poudre dedans.
Les effets de la clandestinité
La nécessité de transporter clandestinement la marchandise incite les trafiquants à proposer les drogues les plus dures, celles qui pour le plus faible volume provoquent l’effet le plus fort. On avait constaté le même phénomène et pour les mêmes raisons à l’époque de la Prohibition : la bière et le cidre avaient quasiment disparu au profit du gin et du whisky. La règle est qu’une substance interdite est vite remplacée par une autre plus nocive encore. Puis, la drogue en arrivant à destination est coupée par les revendeurs pour augmenter leur marge. C’est une nouvelle cause de pollution du produit, bien sûr, et un risque supplémentaire pour le drogué, car il ne sait pas dans quelle proportion la drogue est coupée, il ne peut pas calculer la dose de principe actif qu’il va consommer. Imaginez que vous preniez des pilules pour dormir, toutes de la même apparence, les unes contenant un gramme de somnifère, les autres dix grammes ou plus. Une fois, vous ne vous réveillerez pas. Les drogués meurent ainsi d’uneoverdose.
Le commerce de la drogue, comme toute activité humaine, obéit à une cohérence économique. La répression sévère, qui va jusqu'à la peine de mort dans certains pays, est cause que l’offre est réduite alors que la demande reste forte. La prohibition garantit donc des prix élevés aux trafiquants. Comme tout entrepreneur, ceux-ci veulent diminuer leur risque, dans leur cas, celui d’être appréhendé; or leur marge commerciale est largement suffisante pour acheter la complicité des autorités, et, par conséquent, pour les plus gros trafiquants, le risque lié à l’illégalité est plus théorique que réel.
Les prix élevés de la drogue dus à son interdiction sont la raison de manifestations de délinquance et de violence menaçant toute la population, même celle qui se tient à l’écart de ce trafic. D’une part, des bandes armées se disputent cette activité si lucrative, tuant indifféremment leurs rivaux ou des passants. D’autre part, de nombreux consommateurs ne peuvent se procurer l’argent de leurs doses sans recourir au vol. Même si vous n’avez jamais été directement victimes de la délinquance des drogués, vous en supportez le coût. Les compagnies d’assurances vous le font payer dans leurs primes.
Ce recours au vol explique pourquoi la cherté du produit n’est pas un frein à la consommation, comme ce serait le cas sur un marché légal. Puisqu’ils sont de toutes façons refoulés dans la clandestinité, les consommateurs de stupéfiants n’ont plus à se priver de voler l’argent qu’ils ne gagnent pas, ce qui leur confère un pouvoir d’achat en théorie illimité. Certes, voler sans se faire prendre demande des capacités, mais les drogués pratiquent volontiers la vente " boule de neige ". Un héroïnomane a intérêt à acheter plus de produit qu'il n'en consomme lui-même et à se faire une clientèle à qui revendre le surplus. Ce sont donc sur ses clients qu’il reporte le sale boulot de voler des autoradios ou d'arracher des sacs à mains.
La prohibition de la drogue est l’exemple type d’intervention administrative fourvoyée. On prétend lutter contre les trafiquants, et quelques uns effectivement sont arrêtés, mais on assure à tous les autres des bénéfices exorbitants. On prétend protéger les drogués contre eux-mêmes, mais la prohibition incite les trafiquants à ne commercialiser que les drogues les plus dangereuses. On prétend moraliser la société en éliminant un vice, mais on induit un supplément de violence et de délinquance dont toute la société subit le coût moral et matériel.(5)
Les fruits de la légalisation
Je pars de l’hypothèse que le but réel des pouvoirs publics est de protéger les drogués et de mettre un terme à la criminalité liée au trafic de stupéfiants. Je ne suis pas certain que cette hypothèse soit la bonne, mais admettons-la provisoirement. Est-ce que, dans ce cas, la solution ne serait pas delégaliserla drogue ?Non pas dépénaliser sa consommation: cette demi-mesure adoptée aux Pays-Bas, si elle représente un progrès, n’élimine pas le danger de lafabricationclandestine.Légalisersignifie tout bonnement que la drogue sera en vente dans les circuits commerciaux habituels, comme le sont le vin et les cigarettes.
Préconiser la vente de haschich et de cocaïne en épicerie apparaîtra peut-être à certains d'entre vous comme une monstruosité. Pourtant les avantages sont décisifs de transformer ce qui est un trafic glauque et sanglant en un marché transparent. Sur tous les marchés libres, les fournisseurs sont des entreprises ou des particuliers identifiables et civilement responsables. Lorsque les fournisseurs commercialiseront en leur nom, sous leur marque, le haschisch, la marijuana, la cocaïne, l’ecstasy, le LSD.., chaque consommateur aura l’assurance d’acheter un produit qui n’est pas frelaté (et si jamais il l’était, ce consommateur pourrait se retourner contre le fournisseur et lui réclamer des dommages, ce qui est évidemment impossible dans la clandestinité d'aujourd'hui).(6)
La concurrence entre les fournisseurs apporte aussi la perspective d’une diminution de la toxicité des produits. Nous oublions en l’appelanttoxicomaneque ce n’est pas la toxicité que cherche le drogué, mais une certaine forme de bien-être physique. Or, éliminer la toxicité est autant l’objectif de l’entreprise que le souhait du drogué. Même si vous n'accordez aucune once d’humanisme aux hommes d’affaires, vous devez au moins reconnaître qu’en saine logique commerciale tuer ses clients n’est pas une stratégie viable. Dès qu'ils seront libres de commercialiser ce qu’on ne pourra plus appeler de la drogue, mais des euphorisants, des stimulants intellectuels ou des inducteurs de rêveries, les industriels voudront satisfaire le consommateur en créant des produits correctement dosés, sans effets secondaires.
Aujourd'hui, avec ou sans l’encouragement des pouvoirs publics, les entreprises ont bien mis sur le marché des cigarettes légères, des colas et des pâtes à mâcher sans sucre, du café sans caféine, des huiles alimentaires sans cholestérol... On verra dans la même logique les fabriquants de drogues rivaliser pour proposer les produits les moins nocifs possibles. En outre, la disponibilité de produits aux effets presque similaires fait naturellement disparaître le besoin des produits plus toxiques. Pourquoi prendre le risque de l’absinthe alors qu’on trouve du pastis ? De même, pourquoi prendra-t-on le risque du crack lorsqu'on trouvera sur le marché de la cocaïne pure et pas chère ?
On peut ainsi espérer que les laboratoires, lorsqu'ils auront le droit de faire de la recherche sur ces produits, ce qui vous savez leur est totalement interdit aujourd'hui, découvriront rapidement un moyen de diminuer le phénomène d’accoutumance que créent certaines drogues. Contrairement à ce qu’une analyse superficielle peut faire croire, l’accoutumance ne joue pas en faveur du producteur.(7)C’est la crainte de l'accoutumance, au contraire, et des effrayantes crises de manque qu’elle occasionne qui agissent comme un frein à l’extension de la consommation. Or, quel est le producteur qui ne souhaite pas lever les freins à la diffusion de son produit ?
Une autre conséquence bienvenue de la légalisation totale sera l’effondrement des prix, libérant le drogué de la nécessité de la délinquance pour acheter ses doses. Des produits moins toxiques et moins chers signifient qu’un consommateur pourra le plus souvent conserver son travail et que son salaire lui permettra de satisfaire son besoin. Une marge commerciale qui n’intègre plus une prime pour l’illégalité de la transaction découragera les mafias, qui chercheront vite ailleurs d’autres activités plus lucratives.(8)
Apprendre à boire, à fumer, à sniffer
La légalisation sans restriction de la drogue ne veut pas dire un monde dejunkies, pas plus que depuis la fin de la Prohibition, les États Unis ne sont devenus un pays d’ivrognes. Ce n’est pas la répression policière, mais l’exemple et l’éducation qui permettent de limiter la consommation de drogues. Il existe des comportements pathologiques liés à tout ce que nous consommons (des fumeurs à la chaîne, des boulimiques et des alcooliques..), mais la civilité, les rites, les usages, ont pour effet d’exercer une pression modératrice sur chacun. En Occident, on ne fume pas partout ni n’importe quand; on ne boit pas d’alcool le matin, ni en dehors des repas avant le soir... Chez les Indiens du Mexique, il existe des rites à respecter avant de mâcher le peyotl.
Les parents apprennent ces règles à leurs enfants. La socialisation de la consommation permet la transmission à chaque génération d’un enseignement sur le bon et mauvais usage de la drogue. Or, ce n’est pas seulement le produit que la répression frappe, mais son mode d’emploi. Dans le monde fermé et clandestin des drogués, les illusions et les mythes les plus fous circulent sur des substances qui pourtant réclament plus que d’autres d’être traitées avec sagesse et compétence. La légalisation et la banalisation de la drogue, la diminution en même temps de sa dangerosité, auront pour conséquence que nous pourrons l’intégrer dans notre culture pour en réguler l’usage.(9)
Les mauvais prétextes d’une politique répressive
Nous avons dressé un constat d'échec total de la répression. Je crois que vous pourrez en convenir, il suffit de regarder autour de soi, la répression, ça ne marche pas. La moitié des poursuites pénales dans un pays comme la France, la moitié des incarcérations aux États Unis, sont liées à la drogue. C’est un chiffre effarant, et pourtant le nombre des drogués ne fléchit pas. Jusqu’où voulons-nous aller ? Mettre un policier dans chaque salle de classe, dans chaque boîte de nuit ? En regard de cet échec, j’ai essayé de décrire les avantages qu’offrirait la légalisation complète des drogues. Alors pourquoi persévérer dans la voie de la répression et de l’échec, alors qu’il existe une alternative ?
Cet entêtement dans l’échec ne peut pas être pour des raisons économiques. Quand on se place du point de vue même des États persécuteurs, toujours en situation de semi-banqueroute, la légalisation représente un gisement fiscal : d’un trait de plume abolitionniste, tout le commerce de la drogue deviendrait imposable. En revanche, la clandestinité entraîne des dépenses budgétaires considérables sans recettes correspondantes. Voyez l'encombrement de la justice, le maintien des contrôles douaniers aux frontières, le quadrillage policier du pays, l'emprisonnement de dizaines de milliers de trafiquants, auquel il faut ajouter les coûts hospitaliers du traitement des drogués, la propagation du SIDA, etc. Économiquement, la légalisation ne peut pas coûter plus cher à la société que la répression.
Ce n’est pas non plus pour des raisons sociales et de santé publique que la répression se justifie. L’argument ici serait celui des partisans de l’avortement. Puisqu’on ne peut pas interdire efficacement l’avortement, faisons au moins qu’il ne mette pas en danger la vie de la mère. Il ne s’agit pas d’approuver le choix de la drogue ou de l’interruption de grossesse, mais lorsque ce choix est fait, de permettre qu’il n’ajoute pas le risque physique à la faute morale. Il est étonnant que les mêmes politiciens qui ont approuvé l’IVG en raison de cet argument refuse de le considérer lorsqu’il s’agit de la drogue. Et puisque nous parlons de santé publique, je voudrais rappeler des faits : le premier est que l’alcool en France tue 100 fois plus que la drogue, et la drogue tuerait moins si elle n’était pas interdite; le deuxième est que le passage des drogues douces aux drogues dures n’est pas automatique, pas plus que celui qui se met à boire un verre de vin par repas ne deviendra nécessairement un alcoolique. Il y a aux États Unis 40 millions de personnes qui ont fumé un joint, et seulement 700,000 héroïnomanes, soit 1,75% d’utilisateurs de " drogues douces " qui ont fait le pas vers une plus grande toxicité. Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas le produit qui force la dépendance, mais plutôtla psychologie de l’individu qui recherche cette dépendance. Très peu des dizaines de milliers de militaires américains qui consommaient de l’héroïne au Vietnam n’ont connu des problèmes de dépendance à leur retour au pays.
Enfin, ce ne saurait être non plus pour des raisons morales que nous continuons la répression. La distinction à établir ici est celle entre la morale et le droit : ce n’est pas parce qu’un produit ou un comportement sont bénéfiques que les pouvoirs publics doivent les rendre obligatoires (tout au plus, ils peuvent se contenter de les conseiller); et ce n’est pas parce que d’autres produits ou comportements sont nuisibles pour ceux qui les adoptent que les pouvoirs publics doivent les interdire (ils doivent seulement émettre des mises en garde). Le rôle des pouvoirs publics dans un État de droit est de protéger les citoyens contre l’agression d’autrui, pas contre eux-mêmes. " La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui " affirme la Déclaration des Droits de l’Homme. Le port du voile ou de plumes sur la tête, la consommation de porc, d’alcool ou d’alcaloïdes, un traitement médical, sont des choix qui ne sauraient nuire (éventuellement) qu'à ceux qui les ont faits, pas à autrui. Chacun de nous devrait pouvoir dire, en paraphrasant Voltaire : " Je n’approuve pas ce que voussniffez, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le faire ".
Confondre le vice et le crime, la loi morale et le droit, est l’essence du fondamentalisme.(10)Or, moralement, le fondamentalisme est indéfendable, il n’y a de morale que dans la liberté. Le paradoxe est que ce sont les dirigeants des démocraties occidentales qui se proclament les champions de la liberté et qui pratiquent en même temps le fondamentalisme le plus rétrograde en se voulant à la pointe du combat contre la drogue. Position idéologique difficile à tenir : Comment expliquer que chaque adulte ait le droit d’élire les dirigeants de la Cité, de se prononcer sur le niveau des impôts, la peine de mort, les lois scolaires..., c’est-à-dire comment expliquer que le citoyen possède assez de jugement pour voter comment les autres doivent vivre, mais n'en aurait pas assez pour décider comment vivre lui-même ?
De quelle contrebande parlons-nous ?
Alors si la répression ne répond pas à des raisons économiques, sociales et morales, si elle n’a aucune chance de triompher du mal qu’elle prétend combattre, pourquoi la continuer ? Je vous propose deux réponses. La première est celle-ci : Et si c’était la répression elle-même qui était le but recherché ? Si la lutte contre la drogue n'était qu'un prétexte ? Si le véritable enjeu était non pas d’éradiquer la drogue, mais de trouver un moyen de faire accepter aux populations les plus jalouses de leurs libertés les lois les plus liberticides ? La grande opération de contrebande à laquelle la drogue donnerait lieu serait de faire passer sans les déclarer les mesures policières du temps de guerre.
On ne fiche plus les gauchistes, mais comme on ne peut pas s’empêcher d’espionner les citoyens, on fiche ceux que l’on suspecte d’intelligence avec les trafiquants. Les citoyens n’aiment pas qu’on puisse écouter leurs conversations téléphoniques, et il n’y a plus de guerre froide pour le justifier, alors on prétexte la " guerre à la drogue ".(11)C’est en raison de cette prétendue " guerre " que les gouvernements cherchent à interdire le cryptage de la correspondance sur Internet. Lorsqu’il s’est agi de supprimer les contrôles frontaliers au sein de l’Union Européenne, c’est bien en invoquant le danger de contrebande de drogue que les douaniers ont écarté cette menace à leur emploi. C’est toujours en raison de cette " guerre "si opportune contre les narco-trafiquants qu’on autorise les policiers à procéder à des gardes à vue arbitraires et des confiscations de biens sans jugement.(12)
Certes, il ne s'agit pas d'un vaste complot contre la liberté ourdi par les gouvernements du monde. Ce n'est pas ainsi que les démocraties fonctionnent. Il faut dans nos pays que convergent de multiples intérêts corporatistes pour faire accepter une politique fondamentaliste de cette ampleur, véritable choix de société. Or, il se trouve que beaucoup de professionnels de la répression, tout en déplorant peut-être sincèrement le sort des drogués, seraient bien en peine de trouver un autre métier que celui de les persécuter. La justice a besoin de délinquants (que les policiers appellent avec raison leurs " clients "). C’est pourquoi la répression de la drogue arrange bien des intérêts. Il ne faut pas croire que les commis de l’État, parce qu’ils apparaissent moins motivés que d’autres par l’argent, n’ont pas d’intérêt personnel. Bien sûr qu’ils ont le souci de leur carrière, de l’importance de leur personne aux yeux d’autrui, et c’est normal. Bien sûr qu’ils cherchent une gratification dans leur métier, mais ils la trouvent malheureusement dans la plus pernicieuse de toutes les passions, l’exercice du pouvoir sur autrui.
Un paysan se bat pour vendre son lait plus cher, un libraire pour vendre plus de livres; vous trouvez cela normal. Dans la même logique de leur intérêt personnel, les policiers réclament une répression toujours plus sévère, qui gonfle leur importance sociale et leur budget. Les procureurs trouvent dans cette répression l’occasion de promotions et de célébrité.(13)Les politiciens se flattent à la télévision de défendre la jeunesse et la santé morale du pays. Profitant de l’aubaine, les fonctionnaires du fisc obtiennent la levée du secret bancaire, les douaniers procèdent à des perquisitions sans mandat. Pour ces petits et grands serviteurs de l’État, protéger leur sinécure, affirmer leur pouvoir, mener une grande croisade médiatisée mondialement, sont des motivations fortes. Entre-temps, les drogués meurent et les trafiquants prospèrent.
Alors on comprend que la plus grande vertu de la répression est son inutilité. Parce qu’elle ne parviendra jamais à son but, la répression garantit la pérennité des bureaucraties qui l’exercent.
La nouvelle Inquisition
Mais il existe une autre explication. Un tel acharnement, la mise en œuvre de tant de moyens, ne peuvent pas être la seule expression d’intérêts corporatistes. Très peu d’êtres humains sont capables d’agressions répétées et systématiques contre des innocents dans le seul but de servir un plan de carrière. Il faut au persécuteur une croyance, il faut à ses procureurs, ses gendarmes, ses délateurs, la certitude de servir une cause supérieure qui les déresponsabilise de la violence qu’ils exercent et en justifie même par avance les excès.
Je dis que dans le cas de la drogue, cette justification est d’ordre religieux. Je crois qu’on ne peut pas expliquer la persécution des drogués si on ne fait pas appel à la notion de persécution religieuse.
Je m’explique. Toutes les sociétés connaissent des interdits alimentaires, par exemple, l’alcool et la viande de porc pour les musulmans, la viande de boeuf pour les hindouistes, d’innombrables produits pour les juifs... Ce n’est pas parce que ces produits sont dangereux pour la santé qu’ils sont interdits. Les grecs et les romains, sous le même climat qu’Israël, mangeaient tout ce dont les juifs se privaient. Le but de ces interdits est d’ordre symbolique. Il manifeste, entre autres, l’appartenance à un peuple. Le tabou alimentaire oblige chaque musulman devant ses hôtes à se déclarer membre de ce peuple du Coran, à qui il n’est pas permis de manger du porc. Notre peuple est celui de la technique, de la rationalité triomphante, et il ne nous est pas permis de consommer les produits qui pourraient altérer cette capacité de raisonner. Toute drogue qui modifie les états de conscience représente un sacrilège à l’encontre du culte de la Rationalité.(14)
Mais il y a ici un paradoxe. La rationalité et le progrès technique sont les seules valeurs que nos sociétés modernes peuvent opposer à la culture de la drogue. La technique nous a permis de faire fructifier les disponibilités de la nature, de transformer la matière (pour le meilleur et pour le pire), elle nous a permis de modifier les processus infectieux, physiologiques, cellulaires, du corps humain, et elle nous permet aussi de modifier les états de conscience.
Puisque cette innovation est possible, elle aura lieu, il n’y a rien que les gardiens de l’ordre moral puissent faire contre le besoin de notre société d’expérimenter. Ils ne pourront pas interdire aux gens d’aller plus loin dans l’exploration du potentiel humain : exploration du potentiel physique à travers le sport et la médecine ; du potentiel créatif à travers les affaires, l’art, la science ; et exploration du potentiel de notre conscience par l’ascèse, la transe, et l’usage des drogues.
La persécution des drogués est le fait de ceux qui s’opposent au progrès, tout simplement. L’obscurantisme a changé de camp. Le dogme officiel, l’idéologie au pouvoir, n’est plus celle de la Curie romaine,(15)elle est celle des scientistes. Les blouses blanches ont remplacé les soutanes. Les scientistes ont cru qu’ils pouvaient modéliser les choix, les aspirations, les sentiments des êtres humains, et qu’ils pouvaient planifier la vie en planifiant l’économie. Le drogué vient soudain nous rappeler qu’il existe d’autres valeurs qui échappent à toute comptabilité, d’autres valeurs que celles de la rationalité, même si ce ne sont pas ces valeurs-là que vous et moi voulons pour nous-mêmes.
L’autre paradoxe est qu’avec ces prétendus défenseurs de la rationalité, tout débat rationnel sur la drogue est impossible. Pour paraphraser Timothy Leary, on peut dire que " les drogues sont des substances qui provoquent des comportements irrationnels et délirants chez ceux qui n’en prennent jamais ". Nous sommes bien ici dans le domaine de la croyance. Nous avons ici l’évidence que cette persécution est d’ordre religieux. Expliquer à un procureur genevois ou new-yorkais qu’il peut y avoir du plaisir à fumer un joint est tout aussi inutile (et dangereux)(16)que de vanter à un ayatollah les mérites d’un vieux bordeaux.(17)Cela dit, pourquoi pas ? Je n’ai pas de problème avec cette absence de dialogue. Nous n’avons pas besoin de débattre de nos convictions religieuses, il suffit que nous ayons le droit de les pratiquer. Nous n’avons pas besoin de convaincre autrui des bienfaits de la cocaïne ou du vin, il suffit qu’autrui nous les laisse consommer. Ce qui est à ouvrir dans notre société n’est pas un débat sur la drogue, mais sur le Droit. La seule question à se poser à propos de la drogue est de savoir si un être humain, adulte, citoyen, électeur, a le droit d’ingérer une substance qui lui plaît, en pleine connaissance de cause, sans menacer autrui.(18)
En manque de liberté
Ce que révèle cette question de la drogue est combien notre société est en manque - en manque de liberté. Pourtant je suis sûr que la légalisation complète de la drogue est aussi inéluctable à terme qu’elle est difficile à imaginer aujourd’hui. Je dis que dans 20 ans nos enfants seront effarés d’apprendre que nous avons persécuté les drogués, exactement comme nous avons du mal, nous, à imaginer que nos parents ont emprisonné des homosexuels et des brasseurs de bière, et que nos ancêtres ont brûlé des hérétiques et des sorcières.
Alors laissez-moi formuler un vœu pour terminer. J’espère qu’un jour notre société cessera de persécuter ceux qui souhaitent vivre différemment sans forcer les autres à les suivre. J’espère qu’elle cessera de persécuter ceux qui explorent d’autres modes de vie où nous n’osons pas nous engager - en d’autres termes, je souhaite que les guerres de religion ne soient pas une fatalité.
D’après une conférence donnée à Toulouse en septembre 1996
(1)A la réflexion, j’aurais dû commencer cette conférence en rappelant qu’il n’existe pas de définition objective de " la drogue ". Mon livre de référence, l’Encyclopedia Universalis, définit la drogue comme " une substance naturelle ou synthétique, inscrite sur une liste annexée à une convention internationale et soumise à réglementation ". En d’autres termes, une drogue est ce qu’un gouvernement déclare être une drogue. Ainsi le président des États-Unis vient de décréter que le tabac est une drogue; mais le tabac n’est pas une drogue pour le reste du monde. Depuis des siècles, les indiens des Andes mâchent de la feuille de coca; la plupart des gouvernements ont déclaré que mâcher des feuilles de coca est un crime. La législation des pays musulmans range le vin parmi les drogues et en punit la consommation ; celle des pays européens encourage la consommation de vin, subventionne sa production et protège les marques. La metanone et le DHEA sont vantées comme des molécules " miracle " et proposées en vente libre dans tous lesdrugstoresaux États-Unis, mais figurent sur la liste des substances interdites en France.
(2)Mark Thornton,The Economics of Drug Prohibition,University of Utah Press, 1991.
(3)" War on drugs " est le slogan relancé par chaque président américain depuis Nixon.Le Monde Diplomatiqued’avril 1994 estime qu’une armée internationale d’un demi-million d’agents se consacre exclusivement à la lutte contre la drogue, en disposant d’un budget annuel de quelques 50 milliards de francs.
(4)Un projet de loi sur les services financiers en Suisse prévoit que si un banquier reçoit de l’argent d’un client, et qu’il peut supposer que cet argent est d’origine criminelle, il doit accepter ces fonds avec empressement, puis les bloquer et dénoncer son client à la police.
(5)Un proverbe dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Nous avons déjà vécu un tel échec des bonnes intentions administratives avec la prohibition de l’alcool. Exemple plus récent : le gouvernement français en 1989, proclamant son émotion devant le sort des drogués, bannissait la vente de seringues. Comme conséquence directe de cette sollicitude administrative, la France comptait quelques années après le nombre le plus élevé en Europe de contaminés du SIDA, et la vente des seringues dut être à nouveau autorisée.
(6)Ce n’est pas parce qu’il vend de la drogue qu’un trafiquant est condamnable, mais parce qu’il trompe le plus souvent l’acheteur sur la qualité de son produit.
(7)Comme l’écrit Olivier Méresse dans un excellent article de la revueAutre Chose, dont je me suis beaucoup servi ici : " Reconnaissez-le, s’il était démontré que l’héroïne ne crée aucune accoutumance (et n’est pas toxique), s’il était démontré que le fait d’en prendre ne donne aucune envie artificielle d’en reprendre, vous auriez déjà essayé. Vous êtes donc comme tout le monde, vous en mourez d’envie. Cela vaut toujours mieux que d’en mourir ". Il est vrai que les fabricants de tabac n’ont pas cherché à éliminer les facteurs d’accoutumance de leurs produits, au contraire. Mais la toxicité du tabac n’est démontrée que depuis une vingtaine d’années, alors que personne ne peut douter aujourd’hui de celle de l’héroïne. Le problème des producteurs de drogues sera donc de convaincre les nouveaux consommateurs de l’absence de nocivité de leurs produits, et en particulier de la possibilité d’y renoncer sans ces effrayantes " crises de manque ".
(8)Il est grandement à souhaiter que lorsque la légalisation des drogues aura lieu, le corps médical, les éducateurs, les journalistes, et des myriades d’associations, entameront des campagnes vigoureuses d’information sur les dangers de tous ces produits. Un produit ne devient pas inoffensif parce qu’il est légalisé et la mise en garde des utilisateurs est un devoir. De même, on peut penser qu’à titre privé, des détaillants s’abstiendront d’offrir des stupéfiants aux mineurs, des employeurs ne recruteront pas des drogués si leur travail peut être affecté, des compagnies de transport n’embarqueront pas des personnes sous l’emprise évidente d’une substance quelconque (elles refusent déjà les passagers en état d’ébriété), les organisateurs de compétitions sportives maintiendront des listes de produits dont les athlètes devront s'abstenir s'ils souhaitent participer aux épreuves... Bien sûr, d’autres détaillants, employeurs et organisateurs, adopteront une attitude différente à l’égard des drogués. Cette pluralité des réactions manifeste la différence entre une société de liberté et un régime de persécution.
(9)On ne sait pas assez que jusqu’aux années 1920, l’opium, la morphine, la cocaïne, étaient en vente libre dans les pharmacies. Le Coca-Cola doit son nom au fait qu’il contenait réellement de la cocaïne. Comme le rapporte Roch Côté, dans son livreDrogue, La Guerre chimérique,2 | 3 ]